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• Cette année, tu sors un nouveau recueil de nouvelles, intitulé « L’Armistice se lève à l’Est ». Certains l’ignorent peut-être encore mais il ne s’agit pas de ton premier ouvrage.

D’où te vient cette passion pour l’écriture et, plus particulièrement, pour les nouvelles ?

« Je ne sais pas si je parlerais de passion. En tout cas, j’ai toujours eu envie d’écrire depuis l’âge de 15 ans avec une éclipse à un moment ou à un autre.

Après, l’écriture n’est pas quelque chose d’heureux pour moi. C’est plutôt un impératif catégorique, quelque chose qui s’impose et auquel je ne peux pas échapper … un peu comme des conclusions ou un recours au Conseil d'Etat, ça doit se faire et donc, ce n’est pas dans la joie et la passion que je fais ça mais ça se fait.

Ce n’est ni un travail, ni un loisir. »

• Dans la nouvelle intitulée « Dans la balance », tu évoques le sort d’un juge de la ville de Kassa, qui échappa de peu à la pendaison après la chute de l’empire austro-hongrois et la naissance de la Tchécoslovaquie.

Devons-nous y voir un quelconque fantasme d’écrivain ?

« Un fantasme, je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que je suis allé à Kassa et que l’un de mes écrivains préférés est Sandor MARAI, qui a vécu à Kassa.

Je suis allé dans la ville et, en voyant les lieux et en m’informant beaucoup sur cette période, la nouvelle s’est un peu imposée. »

• Dans la nouvelle intitulée « Fièvre au corps », tu évoques l’épidémie de grippe espagnole (1918-1919), rappelant au passage qu’elle a fait plus de morts que la Première Guerre Mondiale.

D’où te vient cette passion pour l’histoire ?

« Je ne suis pas spécifiquement passionné par l’histoire. Ça m’intéresse, bien sûr, mais ici l’histoire n’est vraiment qu’un prétexte, pour trouver des thèmes et des sujets qui me tiennent à cœur.

Ce qui est intéressant, ce sont les situations extrêmes dans lesquelles les personnages sont plongés et qui peuvent nous interroger.

Toutes les histoires sont imaginaires mais la situation historique est particulièrement étudiée, avec minutie. Les personnages sont dans un décor réaliste mais le scénario est totalement imaginaire. »

• Dans ton ouvrage, tu nous projettes dans la tête de personnages très différents. Cela va de la mère de famille coquette qui attend le retour de son fils, à son amie jalouse de n’avoir pu envoyer d’enfant au front, en passant par les soldats du front.

Comment arrives-tu à leur donner vie ? T’es-tu beaucoup documenté ?

« Oui, énormément.

Comme je viens de le dire, la documentation a fait l’objet d’une longue recherche.

D’ailleurs, souvent la documentation donne un essor à l’histoire et aux personnages même si on est dans le « pur littéraire », avec cette difficulté qu’il ne faut pas faire dire ou faire aux personnages historiques des choses qu’ils n’ont pas faites dans la réalité. Dans cette nouvelle ils n’ont pas rencontré mes personnages imaginaires. Par contre, leur parcours est totalement conforme à la réalité historique. »

• Je crois discerner dans certaines nouvelles l’un ou l’autre élément vécu. Me tromperais-je ?

« Non, je n’ai pas fait la guerre (rires).

Disons qu’il y a quelques éléments, non pas autobiographiques mais certains souvenirs familiaux, qui ont fait que certains de mes ancêtres ont été confrontés à cette période et je me suis inspiré de certaines histoires qui m’ont été racontées et je les ai confrontées aux faits historiques. »

• Quels sont tes projets d’écriture à venir ? Comptes-tu t’inscrire dans la continuité de tes précédents ouvrages ?

« C’est une question très compliquée car, chronologiquement, mon premier roman - qui sortira au mois de mars 2020 - a été écrit avant ce livre-ci.

Pour des raisons trop longues à expliquer, les choses se sont faites chronologiquement d’une autre manière.

Depuis l’écriture de ce livre, j’ai écrit deux autres romans, je suis dans l’écriture d’un troisième mais je ne sais pas si tout cela sera publié. On verra bien par la suite.

Et puis… j’enfante quelques bébés mais il y a quand même des avortements ! »

• Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

« Si on m’envoie sur une île déserte avec du papier et des crayons, je n’ai pas besoin de prendre de livre parce que je suis incapable de lire quand j’écris, donc je lis de moins en moins.

Mais si vraiment on me prive d’un crayon et d’un papier, ce serait probablement un livre de Julien Gracq. »

• Quelle est la question qu’aucun interviewer ne t’a jamais posée et que tu aimerais pourtant que l’on te pose ?

« Ma réponse sera une non-réponse car, en réalité, je n’aime pas les interviews et j’aimerais qu’on ne me pose aucune question (rires).

Le livre se suffit en général à lui-même et lecteur en fait ce qu’il en veut. »

Note de l’auteur de l’interview : « Je ne reviendrai donc pas … ! »

***

Avocat au Barreau de Liège, Me Jean-Marc RIGAUX est actuellement membre du Conseil de l’Ordre.

Passionné d’écriture, il publie un recueil de nouvelles aux éditions Murmure des Soirs, intitulé « l’Armistice se lève à l’Est ». Au travers de ses récits consacrés à la Première Guerre Mondiale, Me RIGAUX nous fait découvrir différentes facettes du conflit.

La mort est omniprésente mais elle n’en est pas moins sublimée. Les histoires d’une mère allemande (« Le messager »), d’une sentinelle en mal de sexe (« La sentinelle »), d’un avocat ayant fait fortune mais pleurant son amour perdu (« Dommages de guerre »), d’un Prussien nostalgique de l’armée (« Sécheresse ») ou d’un soldat amputé d’une jambe en voie de radicalisation (« La fée verte ») nous plongent dans les conséquences concrètes du conflit.

Dans « D’égout », Me RIGAUX nous raconte l’histoire particulièrement émouvante d’Emile et de Gaspard. Le premier était égoutier à Paris avant d’être envoyé au front. Il consacra la majeure partie de sa solde à la construction d’un orphelinat : « Le vrai combat, il était à l’arrière ». Sans concession, le second nous fera ensuite part des abus vécus sur place, qu’il a longtemps dissimulés à Emile afin de l’épargner.

Cet ouvrage n’a pas la prétention de donner de grandes leçons d’histoire ou de porter un jugement sur les actes des uns ou des autres, mais il sonne comme un avertissement sinistre pour tous les va-t-en-guerre poursuivant l’une ou l’autre vengeance.

 

Propos recueillis par Elisabeth Kiehl
Elisabeth Kiehl

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