Je suis allé voir la terre de Toumaï et ses avocats…

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Je suis allé voir la terre de Toumaï[1] et écouter ses avocats, et j’ai été impressionné !

À l’invitation de la Conférence Internationale des Barreaux de tradition commune (CIB)[2] et du conseil de l’Ordre, j’ai participé, à N’Djamena, au Tchad, au 34e congrès annuel du 4 au 6 décembre 2019.

J’y ai entendu nos confrères tchadiens expliquer toute la difficulté d’être avocat dans un État totalitaire. Ils restent néanmoins debout, par exemple pour défendre, avec des confrères parisiens, un militant des droits de l’Homme au Tchad, Mahamat Nour Ahmat Ibedou accusé – apparemment injustement – de meurtre, simplement par provocation la veille de notre arrivée.

J’y ai été consterné d’entendre de l’ensemble des confrères africains que l’État de droit et la Justice n’existent quasiment pas dans leur pays.

J’ai été fier d’entendre le président de la CIB, M. le Bâtonnier Élie ELKAÏM, du barreau de Vaud (Suisse), dénoncer sans complaisance, mais aussi très subtilement, les difficultés rencontrées par le barreau et les magistrats tchadiens devant le président tchadien Idriss Déby.

Je suis allé voir la terre de Toumaï et écouter un de ses magistrats, et j’ai été admiratif !

À mon avis, au péril de sa liberté, ce magistrat se réclamant de la même famille judiciaire que les avocats, a dénoncé courageusement la corruption de ses confrères, probablement liée à leurs revenus ridicules, et l’absence de palais de justice, les cours et tribunaux siégeant dans des bâtiments temporaires.

Mais il a également souligné l’indépendance du Barreau et son soutien indéfectible et indispensable à la Justice.

Son témoignage fort a naturellement été salué par une « standing ovation » !

Je suis allé voir la terre de Toumaï et apprendre de confrères du monde francophone, et j’ai été formé !

J’y ai, par exemple, appris de l’exposé de l’ancienne vice-bâtonnière de Paris, mais je ne suis pas pénaliste, la régression du droit à l’avocat établi par l’arrêt Salduz, amorcée par l’arrêt Brahim c/ Royaume-Uni, et confirmée par les arrêts Olivieri et Bloise du 11 juillet 2019[3].

Je suis allé voir la terre de Toumaï et écouter les jeunes avocats africains, et j’ai été jeune, mais seul !

Une session du congrès annuel est toujours réservée aux jeunes.

J’y ai entendu leurs représentants avoir des revendications fortes auprès de leur maître de stage et patron, mais également de leur Ordre.

J’ai été fier d’eux, dès lors que je m’étonne depuis un moment déjà que les jeunes confrères de notre barreau ne se fédèrent pas plus.

J’ai été fier de leur bâtonnier qui les ont assuré de leur soutien indéfectible, affirmant qu’ils étaient l’avenir de leur barreau.

J’ai été fier de la CIB qui a voté un changement de ses statuts, afin d’assurer deux places dans son Conseil d’administration pour leurs représentants.

Mais j’ai été aussi seul. En effet, si le congrès réunissait des représentants de 23 pays, des avocats confirmés ou de nombreux bâtonniers et bâtonniers élus, seuls les représentants des unions de jeunes avocats africains étaient présents, parfois aux frais de leur Ordre ! Aucune conférence européenne n’était présente. J’espère donc que celles-ci, et tout particulièrement notre CLJB, seront présentes l’année prochaine pour, elles aussi, échanger avec le reste des jeunes avocats francophones du monde.

Je suis allé voir la terre de Toumaï, mais je ne l’ai pas vue !

J’y ai rencontré des confrères formidables, et c’est bien l’important dans un tel congrès, mais j’ai dû reprendre l’avion durant la soirée de gala du congrès et n’ai pu participer à l’excursion du samedi consacrée à la visite de ce berceau de l’humanité.

Mais ce n’est pas grave, j’y retournerai pour soutenir le courageux bâtonnier Athanase, désormais président de la CIB, et entretenir les nouvelles amitiés que j’y ai nouées au nom du Barreau de Liège.

Je ne suis pas encore allé voir la terre de Marie-Madeleine MBORANTSUO[4], mais j’irai !

J’irai à Libreville, au Gabon, du 2 au 4 décembre 2020 pour le 35e congrès de la CIB.

Et vous ? Grossirez-vous la délégation de notre barreau que la COMEX va constituer ?

 

Jean-François HENROTTE
Président de la COMEX

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