Le mot du Bâtonnier

Bâtonnier

Mesdames, Messieurs les Bâtonniers,

Chers Confrères,

Il y a trois ans Mes Claire Hazée et Pierre Bayard ont pris la tête de l’Open Barreau avec l’idée de lui donner une nouvelle orientation : mise sur pied d’un comité de rédaction, lancement de publications régulières avec diffusion de l’information auprès des confrères via facebook et info-ordre, poursuite d’une publication papier annuelle, l’ambition de donner une orientation plus large aux sujets abordés. Ils ont assurément relevé ce défi avec brio et au nom du barreau de Liège, je les en remercie très vivement.

A leur succession, un nouveau duo féminin et talentueux : Mes Florence Natalis et Elisabeth Kiehl. Nous sommes immédiatement rassurés : l’Open Barreau a encore de très beaux jours devant lui. Leur motivation débordante permettra à celui-ci de continuer à rester un vecteur de communication important pour le barreau de Liège. Je les remercie déjà pour leur engagement.
 

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Le Bâtonnier n’est pas (encore) un algorithme

Il y a quelques jours je suis tombé sur une liste que les internautes se font un plaisir de publier.

Le titre : « Onze métiers bizarres et disparus ».

Parmi les métiers disparus j’ai trouvé celui d’Allumeur de réverbère et celui moins connu de Réveille-matin humain, métier pour lequel des personnes étaient rémunérées afin d’aller réveiller les gens à leur domicile en tapant à la vitre avec un grand bâton.

J’ai poursuivi ma lecture avec la liste des métiers qui pourraient exister dans les 10 prochaines années.

Je pensais à nous, les avocats, et aux 61 stagiaires qui ont prêté serment pour le ressort de la Cour d’appel de Liège le 30 septembre 2019 et ensuite 17 le 11 octobre, auxquels s’ajouteront une quinzaine le 8 novembre prochain.

Parmi les métiers de l’avocat nouveau, pour autant que l’on accepte de revoir la définition du périmètre de la profession, je relève : Conseiller en vie privée qui aidera à conserver une vie privée à côté de l’ère numérique, Expert en chaos organisé, lequel se rendra dans les entreprises pour les chambouler - selon l’expression utilisée - et les transformer en start up créatrices.

Faut-il craindre ou espérer d’avoir un Bâtonnier algorithmique qui deviendra un assistant vocal comme Siri ou Alexa actuellement ?

A l’heure actuelle, personne ne peut décrire avec exactitude les contours de notre avenir professionnel dans les 20 prochaines années.

Une étude publiée en été 2017 par le think thank institute For the futur (IFTF) et Dell prévoyait que 85% des métiers que les enfants d’aujourd’hui exerceront en 2030…n’existent pas encore !

Le monde dans lequel nous évoluons, s’adapte de plus en plus vite aux nouvelles technologies et à ses débouchés. D’après une étude du Boston Consulting Group, il a fallu 75 ans pour que 100 millions de personnes utilisent le téléphone, mais à peine 16 ans pour le téléphone mobile et…15 mois pour le jeu à succès Candy Crush (Trends tendances, Journal de l’entrepreneur, métiers du futur : quels seront les jobs de nos enfants demain ?, octobre 2019).
 

La condition numérique

En 1933 Malraux a écrit « La condition humaine », nos contemporains ont écrit « La condition numérique » (B.Patino, JF.Fogel, éd. Grasset) ; le roman du premier a vécu et pour ce qui est du deuxième, on est en train de le vivre.

Je pense que l’avenir de notre profession n’est pas aussi gris que l’on veut bien le dire pour autant que l’on admette que le monde moderne évolue sans cesse et qu’il faut accepter de s’y adapter en permanence ; nous avons ainsi la chance de rester jeune d’esprit perpétuellement…

Je suis heureux qu’il y ait encore un tel engagement de jeunes pour la profession d’avocat. Je dirais même : quelle chance d’entrer dans la profession à un moment où tout est possible !

La révolution digitale est en train d’opérer une transformation profonde des marchés et de celui du droit.

La profession d’avocat n’échappe pas à ce phénomène général qui nécessite de repenser en profondeur l’offre de ses services.

L’ancien Président d’Avocats.be, Jean-Pierre Buyle, nous a rappelé dans son article « Le monopole de l’avocat : privilège anachronique ou impérative nécessité » que « l’avocat est souvent perçu comme l’un des acteurs d’une justice malade, incapable de garantir au citoyen que sa cause sera jugée, dans un délai raisonnable ».

Il faut donc innover, trouver de nouvelles solutions pour défendre des causes justes qui restent l’apanage de l’avocat.

Les robots doivent nous y aider en devenant les exécutants des tâches routinières à faible valeur ajoutée, la créativité, l’imagination, l’appréciation des causes restant exclusivement du ressort de l’avocat.

Le droit a besoin de l’intelligence humaine pour poursuivre son évolution.

Nous sommes entrés dans la révolution digitale, qu’on le veuille ou pas. Quelle que soit la taille du cabinet, il faut que tous les avocats montent dans ce train digital.

À cet effet, je souhaite mettre sur pied des carrefours de l’informatique : quelles sont les attentes des avocats ? leurs souhaits ? leur crainte ? quels sont les services que l’Ordre du barreau de Liège pourrait mettre en place en vue d’une amélioration de la qualité du travail ?

Vous aurez lu la lettre du Bâtonnier à cet égard. Je vous fixe donc rendez-vous très prochainement.

 

La parole judiciaire doit changer

La parole politique a changé. La parole journalistique a changé.

Nous devons pouvoir changer de langage aussi pour recourir aux modes alternatifs de règlement de conflits tout en restant fidèles à nos règles déontologiques qui constituent la morale d’une profession et qui garantissent strictement le respect de l’éthique.

N’oubliez pas qu’en vertu de l’article 444 du code judiciaire, les avocats sont obligés depuis le 12 juillet 2018 d’informer leurs clients de la possibilité de médiation, de conciliation et de tout autre mode de résolution amiable des litiges.

Depuis le 1er janvier de cette année, le juge peut ordonner d’avoir recours aux modes alternatifs de règlement des conflits sur la base de l’article 1734 alinéa 1 du code judiciaire. Si cet article n’est pas encore beaucoup appliqué, cela ne saurait tarder ! Telle est l’intention d’un certain nombre de magistrats.

 

Ménage à deux

Avec le conseil de l’Ordre, je poursuis les discussions de rapprochement entre les barreaux de Huy et Liège. Je reste convaincu qu’aussi longtemps que les barreaux ne comprendront pas qu’il faut parler d’une seule voix pour assurer notamment la défense de notre profession et de ses valeurs, nous prenons le risque de devenir les parents pauvres des professions juridiques.

Osons vouloir des barreaux plus forts qui seront un des moteurs de la réflexion et de la défense de nos intérêts. Ne soyons pas des simples observateurs des discussions qu’entretiennent Avocats.be et l’OVB avec le pouvoir fédéral. Participons activement aux projets d’Avocats.be et construisons ainsi notre avenir !

Enfin, je vous invite à être présent en nombre au colloque du 15 novembre prochain dont le thème est : Une justice pour le climat ? ». Ici encore les avocats ont un rôle à jouer ! C’est notre avenir aussi !

 

Bernard CEULEMANS
Liège, le 19 octobre 2019
Bernard Ceulemans