L’avocat, une entreprise comme une autre

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Le colloque organisé à l'occasion de la Rentrée solennelle du Jeune Barreau de Liège le 16 novembre dernier était un peu moins traditionnel qu’à l’habitude. Le thème abordé sortait des sentiers battus. La déontologie pure et dure a en effet exceptionnellement été mise de côté (la tradition voulant que ce colloque y soit généralement consacré) pour laisser place à un sujet plus brûlant.

On ne compte plus les modifications législatives intégrant l’avocat dans le concept juridique d’«entreprise», la dernière en date étant consacrée au livre XX du Code de droit économique qui élargit le champ d’application de la faillite aux professions libérales. Nous, avocats, n’y échapperons donc plus, nous sommes des entreprises.

Le colloque de la rentrée judiciaire avait pour ambition d’examiner notre profession sous cet angle-là : l’avocat entrepreneur.

La première partie de cette matinée d’étude fut consacrée à l’examen de l’influence de notre profession sur l’économie wallonne. À défaut d’avoir pu être présent, via un de ses conseillers, le ministre de l’Economie en Région wallonne nous a rassurés, chiffres à l’appui, en nous confirmant que la profession a un impact non négligeable sur l’économie wallonne.

Nous avons ensuite visionné une vidéo compilant des interviews de quatre confrères (âge et sexe confondus) actifs dans des secteurs différents. Ces derniers étaient questionnés sur les thèmes suivants : comment voient-ils la profession aujourd’hui et demain au travers des relations avec leurs clients, avec leurs confrères, ainsi qu’avec d’autres professionnels avec lesquels nous sommes amenés à interagir (assureurs, fiscalistes, comptables, experts, etc.) ? Comment l’avocat peut-il se différencier de ces autres acteurs ? Quels sont les avantages ou les inconvénients des petites par rapport aux grandes structures d’avocats ?

Nous avons constaté une certaine cohérence dans les positions prises par ces confrères et ce, sans qu’ils se soient concertés. Leurs réponses vont dans la même direction. Selon eux, ce qui nous distinguent des autres professions et qui nous permet de nous démarquer, c’est notre déontologie et notre connaissance du contentieux.

Ils ont par ailleurs tous constaté que, depuis quelques années, les exigences de nos clients sont de plus en plus importantes. Nous sommes rentrés dans l’ère du « Tout, tout de suite » et l’avènement du numérique a évidemment fortement contribué au phénomène. Aujourd’hui, nos clients désirent obtenir un résultat rapide et attendent de nous que nous réagissions à bref délai, voire, parfois même, dans l’immédiat. La difficulté pour les avocats est de continuer à fournir un service de qualité en tentant de rencontrer cette exigence.

Ces conditions de travail nouvelles ne sont pas non plus facilitées par la concurrence qui existe à l’heure actuelle entre avocats et qui n’a cessé de croître ces dix dernières années. La menace pèse au quotidien sur chacun d’entre nous d’être délaissé pour les services d’un confrère promettant des résultats plus rapides et meilleur marché.

C’est dans ce contexte que nous devons survivre pour garantir un service de qualité adapté aux attentes du justiciable.

Ces constats étant posés, le colloque nous proposait ensuite de suivre, en deuxième partie de matinée, deux brèves formations d’une demi-heure sur un des trois thèmes suivants : les bases financières utiles pour la gestion d’un cabinet d’avocats, l’utilité du marketing et les techniques de management à mettre en œuvre dans nos équipes.

Avant de rejoindre ces ateliers, nous avons écouté attentivement le Professeur Christian BEHRENDT et Jacques DEFER, Directeur des relations institutionnelles à HEC Liège. Le premier, au cours d’une allocution illustrée, nous a proposé de nous projeter dans le futur, aux alentours de l’année 2040, pour observer les différentes mutations que pourrait subir notre profession. Il a posé deux hypothèses pour nous faire part de ses prédictions : d’une part, la fonction de rendre la justice devrait rester régalienne (soit non privatisable) et humaine (soit non automatisée) ; d’autre part, l’avocat devrait conserver le monopole de plaidoirie pour le contentieux soumis à la justice. Bien que rassurantes, ces deux hypothèses n’empêcheront cependant pas que nous ne pourrons nous contenter de subir les différentes évolutions en cours et à venir.

Concernant le big data, par exemple, l’orateur a constaté que nous étions (très) en retard par rapport à d’autres Etats, tel que la France. Le Professeur BEHRENDT nous invite donc à nous créer des opportunités nouvelles car, selon lui, certains segments de notre profession sont voués à disparaître. Il prédit, en effet, que certains contentieux nous échapperont à l’avenir, d’où cette nécessité de nous démarquer par rapport aux autres types de services proposés sur le marché économique. Il rejoint nos quatre confrères interrogés sur ce point : notre déontologie, à laquelle il ajoute le secret professionnel, peuvent nous permettre de nous distinguer.

Jacques DEFER a, quant à lui, souligné la force du lien que nous entretenons avec notre Ordre. Peu de PME entretiennent un lien si étroit avec leur ordre professionnel, pour autant qu’elles en aient un. Il s’agit d’une autre caractéristique qui nous distingue des autres professions. A l’instar du Professeur BEHRENDT et des autres intervenants de ce colloque de rentrée, il nous invite donc à réfléchir à notre avenir avant qu’il ne soit trop tard, notamment en mettant en œuvre cet atout.

A l’issue des ateliers de formation, Me BALTHASAR, en charge d’organiser celui qui était consacré aux techniques de management, a conclu cette matinée en nous rappelant combien il est indispensable de communiquer correctement au sein de nos cabinets, sans omettre, par exemple, nos secrétaires des processus organisationnel et décisionnel de nos cabinets. Ceux d’entre nous qui dirigent une équipe, peu importe sa taille, doivent veiller à être quotidiennement attentifs au ressenti de tous les membres de leur équipe. Me BALTHASAR partage, en outre, la position de Jacques DEFER : pour renforcer davantage le lien que nous entretenons avec notre Ordre, les barreaux wallons devraient se rassembler. Un grand chantier qui, selon ces deux intervenants, nous valoriserait sur la scène économique wallonne.

Claire HAZEE
Claire Hazée

Photos du colloque du 16 novembre 2018
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